Avant le démarrage, la salle d’audience du tribunal de Cotonou est prise d’assaut par les hommes des médias, des citoyens et surtout des membres du disparu Pierre Urbain Dangnivo. Les accusés sont déjà à la barre. Confrontation des témoins. Nous sommes le mercredi 12 mars 2025, dans les locaux du tribunal de Cotonou.
L’ancien ministre Bernard Lani Davo et le colonel Koumassègbo, tous cités par les principaux accusés, sont présents au tribunal sur invitation de la Cour. Le président des céans invite les témoins, experts et accusés à la barre. Leur isolement est en cours.
L’accusé Donatien Amoussou à la barre : « Il m’a dit d’accepter que je suis le complice d’Alofa et que je sais comment Dangnivo est mort. La promesse était qu’ils me sortiront de prison ».
Le Contrôleur général de police Enock Laourou à la barre en qualité de témoin : « Tout ce qu’il dit est faux »
Échanges entre la partie civile et le contrôleur de police
À la barre en tant que témoin, Enock LAOUROU dit être le chef service au niveau du renseignement. « J’étais un jour dans mon bureau au camp quand j’ai entendu des bruits. Je me suis levé et j’ai vu qu’il y avait des gens qui se battaient autour d’un détenu qui tentait de s’échapper. Et c’était ALOFA. Les militaires ont aidé un gendarme qui avait une canne à rattraper le détenu qui s’évadait.
Partie civile : quelles sont les attributions du Service de Renseignements
ENOCK LAOUROU : Aider à contrer tout ce qui peut être dommageable à l’État. Nous faisons du renseignement intérieur comme extérieur.
PC : Est-ce-que en 2012, Monsieur ALOFA représentait une menace pour l’État
EL : Je n’ai pas de réponse à donner à cette question puisque c’est par voix de presse que j’ai eu l’information. Nous aidons les forces de police à lutter contre le terrorisme.
PC : qui vous a donné le numéro ?
EL : c’est un service spécial. On a demandé à avoir le numéro, à travers plusieurs sources. Les numéros qui ont été envoyés étaient tous les mêmes. Je suis le patron d’un service de renseignement donc si je demande un numéro je peux l’obtenir.
PC : Il vous faut combien de temps pour localiser un téléphone portable
EL : Tout ça dépend du contexte. Je peux l’avoir si je veux en 15min-30min-1h ou au-delà. Tout dépend de l’urgence. Je ne peux pas dire le nombre de temps exact. Dans le cas de l’évasion de ALOFA, les togolais ont pu le localiser le lendemain. Après il a changé de numéro et il a fallu quelques jours pour le localiser. Il est entré au Togo avec le numéro béninois. Deux jours après, il a été localisé par les togolais et remis à Interpol Bénin.
ALOFA s’explique sur l’affaire de téléphone
ALOFA : C’est vrai, arrivé à Hilacondji, j’ai acheté un téléphone à 12000f avec la sim chez une dame dans une cabine. Après j’ai appelé la prison et les gens me disaient que j’étais recherché. Ce ne sont pas les policiers togolais qui m’ont arrêté. C’est moi-même qui suis allé à la police. Je leur ai demandé de me rendre à la justice béninoise. J’ai insisté pour qu’on ne me dépose pas à la police béninoise et ils ont demandé les raisons. Après j’ai passé 17 jours avant qu’on ne me ramène à Hilacondji et me remette aux autorités béninoises. Ceux qui m’ont fait sortir de la prison, m’ont mis une cagoule, ils étaient aussi cagoulés donc je n’ai pas vu leurs visages. Quand j’étais en prison, j’ai été enfermé d’abord pendant 1an 10 jours et 58 militaires de la garde présidentielle me surveillaient.
Donation Amoussou accuse le contrôleur de police, ce dernier se défend
Dans ses propos, Donatien insiste et persiste qu’il connaît bien Enock LAOUROU..selon lui, ça fait la troisième fois qu’il le voit aujourd’hui. Il a laissé entendre que Enock LAOUROU fait partie de l’équipe qui voulait l’éliminer et l’ont forcé à accepter son implication dans l’affaire DANGNIVO.
Enock LAOUROU a tout nié, estimant que les déclarations de Donatien AMOUSSOU sont fausses.
EL : « Il y avait des travaux en cours sur l’axe de l’ambassade de France »
DA : « Monsieur le Président, il n’y avait pas de travaux sur cet axe. Enock Laourou était quelque part en train de me guetter. Puisque le gendarme qui avait la canne n’a pas réussi à m’achever. Il est venu dans un pick-up avec trois gendarmes. C’était un coup monté » …
L’audience a repris avec la poursuite des dépositions du Contrôleur de police Enock Laourou
Avocats de la défense : Vous étiez à environ 450m de votre bureau jusqu’au lieu où vous avez entendu les bruits. Mais comment se fait-il que vous puissiez entendre ce genre de bruit avec aussi les immeubles à côté et les bruits environnants ?
Enock Laourou: Les 450mn dont je parle c’est juste un repère monsieur le président
Avocats : Quelle a été votre réaction arrivée sur les lieux quand vous avez vu un gendarme à terre ?
Enock Laourou: Il y avait du monde avant mon arrivée. Il a reçu des séquelles, c’est quelqu’un qui avait déjà reçu des balles à la jambe. Mais l’élément était déjà maîtrisé.
Président de céans : Est-ce qu’il est possible d’emmener des gardés à vue au parquet les mains libres, les pieds libres ou est-ce qu’ils doivent être menottés ? Parce que c’est l’occasion de parler du mot déferré.
Enock LAOUROU: tout cela dépend de la pratique et de la rigueur que chacun met dans son travail.
Président de céans : « Est-ce qu’un seul gendarme peut conduire un mis en cause au parquet ? En plus que ce mis en cause est un ancien militaire poursuivi dans ce genre d’affaire et d’autant plus que le gendarme là est handicapé… »
Enock LAOUROU : Je ne peux pas juger mes collègues
Avocats de la cour : Est-ce-que vous avez fait une fiche de toutes vos interventions ?
Enock LAOUROU : non
Procureur : Avez-vous mis DONATIEN AMOUSSOU dans la malle-arrière ?
À cette question, Enock Laourou a dit non. Mais l’accusé Donatien Amoussou insiste sur le fait que Enock LAOUROU l’a mis dans la malle arrière et était assis à l’arrière du véhicule avec un conducteur. Arrivé à la compagnie, Enock LAOUROU aurait vu trois militaires à qui il s’adressa : « vous êtes pitoyables ». De ce fait, les militaires ont commencé par bastonner Donatien AMOUSSOU.
Par la suite, Enock LAOUROU a laissé entendre que bien que des fiches d’intervention n’étaient pas faites. Il effectuait des points de table à son chef lorsqu’il prenait des initiatives.
Enock LAOUROU : « Mon chef, c’est le Président de la République ».
Un Expert Français dévoile les résultats de tests ADN effectués sur le corps retrouvé à Womey
Par visioconférence, l’expert français et médecin légiste Guillaume Monique a livré les résultats de ses analyses de contre-expertise sur les restes du corps humain retrouvés chez l’accusé Alofa à Womey en 2010. Ce sont ces restes humains qui ont été présentés comme le corps du disparu Pierre Urbain Dangnivo. Selon les analyses des prélèvements qui ont été faites sur quatre enfants de Dangnivo et sur deux parents afin de savoir s’il y a un lien de filiation avec le corps retrouvé, la probabilité que le corps soit celui de Dangnivo est de 99,99 %.
Selon les standards, explique l’expert, lorsque le résultat est de 1%, cela signifie que l’analyse n’est pas parvenue à identifier la personne. A partir de 99%, cela veut dire que la personne a été identifiée. Dans le cas qui lui a été soumis, le résultat est de 99,99%. Ce qui veut que le corps retrouvé à Womey soit de Pierre Urbain Dangnivo. Donc ce dernier ne serait plus en vie.
À la suite de l’expert français, le docteur Anatole Laleye présente au tribunal, son rapport d’expertise sur la base des prélèvements. Selon lui, l’analyse génétique des prélèvements effectués montrent un profil masculin humain unique. Le profil masculin, souligne-t-il, est identique au profil des prélèvements contenus dans le bocal.
À leur suite, le médecin légiste Clément Padonou a donné des précisions sur les prélèvements effectués sur le corps exhumé à Womey en 2010. À l’en croire, il a été déterré un cadavre putréfié, enterré à même le sol à Womey. Il a ajouté qu’un monsieur leur avait montré un bocal contenant des organes sur les lieux.
Un détail retient l’attention de la Cour
Dans ses explications devant la Cour, le professeur Anatole Laleye a affirmé ne pas travailler sur les parties osseuses. A cette clarification, la partie civile a rebondi en demandant comment des prélèvements osseux ont été retrouvés dans le bahut du professeur. Ce dernier ne voulait pas répondre mais la Cour lui a ordonné de dire si le crâne du corps retrouvé ce jour-là est dans le bahut
Anatole Laleye : « Je ne sais pas », a-t-il répondu précisant que toutes les questions liées aux parties osseuses doivent être posées à un légiste. Sur la question, la cour a indiqué qu’après la mise ensemble du squelette, cela ne correspondait pas à la taille de DANGNIVO. Le procureur explique que les questions des avocats devraient normalement être posées à l’expert Français Guillaume MONIQUE qui lui a travaillé sur les tissus osseux, notamment 2 sur 3 des tissus osseux ont été riches en informations.
Par visioconférence, l’expert français et médecin légiste Guillaume Monique a livré les résultats de ses analyses de contre-expertise sur les restes du corps humain retrouvés chez l’accusé Alofa à Womey en 2010. Ce sont ces restes humains qui ont été présentés comme le corps du disparu Pierre Urbain Dangnivo. Selon les analyses des prélèvements qui ont été faites sur quatre enfants de Dangnivo et sur deux parents afin de savoir s’il y a un lien de filiation avec le corps retrouvé, la probabilité que le corps soit celui de Dangnivo est de 99,99 %.
Selon les standards, explique l’expert, lorsque le résultat est de 1%, cela signifie que l’analyse n’est pas parvenue à identifier la personne. A partir de 99%, cela veut dire que la personne a été identifiée. Dans le cas qui lui a été soumis, le résultat est de 99,99%. Ce qui veut que le corps retrouvé à Womey soit de Pierre Urbain Dangnivo. Donc ce dernier ne serait plus en vie.
À la suite de l’expert français, le docteur Anatole Laleye présente au tribunal, son rapport d’expertise sur la base des prélèvements. Selon lui, l’analyse génétique des prélèvements effectués montrent un profil masculin humain unique. Le profil masculin, souligne-t-il, est identique au profil des prélèvements contenus dans le bocal.
À leur suite, le médecin légiste Clément Padonou a donné des précisions sur les prélèvements effectués sur le corps exhumé à Womey en 2010. À l’en croire, il a été déterré un cadavre putréfié, enterré à même le sol à Womey. Il a ajouté qu’un monsieur leur avait montré un bocal contenant des organes sur les lieux.
Le détail qui retient l’attention de la Cour
Dans ses explications devant la Cour, le professeur Anatole Laleye a affirmé ne pas travailler sur les parties osseuses. A cette clarification, la partie civile a rebondi en demandant comment des prélèvements osseux ont été retrouvés dans le bahut du professeur. Ce dernier ne voulait pas répondre mais la Cour lui a ordonné de dire si le crâne du corps retrouvé ce jour-là est dans le bahut
Anatole Laleye : « Je ne sais pas », a-t-il répondu précisant que toutes les questions liées aux parties osseuses doivent être posées à un légiste. Sur la question, la cour a indiqué qu’après la mise ensemble du squelette, cela ne correspondait pas à la taille de DANGNIVO. Le procureur explique que les questions des avocats devraient normalement être posées à l’expert Français Guillaume MONIQUE qui lui a travaillé sur les tissus osseux, notamment 2 sur 3 des tissus osseux ont été riches en informations.
Ce que révèle l’autopsie médico-légale
Au niveau de la tête du cadavre : du sable, fracture et enfoncement de l’os frontal et perte de substance osseuse, une fracture ou un écrasement de tous les os de la face avec des pertes de plusieurs dents.
– La peau thoracique n’était pas descriptive du fait de la putréfaction, du poils noir crépus au niveau du pubis.
– La putréfaction avancée ne permettait pas d’apprécier le sexe.
Selon Clément Padonou, médecin légiste « ces fractures et lésions seraient la cause de la mort de l’intéressé… Je ne dispose pas de la technologie nécessaire pour évaluer la date de décès de l’intéressé ».
Bernard Lani DAVO libre sa part de vérité et cité Boni Yayi
Le juge : Connaissez-Vous les deux accusés ici dans la salle ?
Bernard Lani DAVO : Je ne les connais pas. Je ne suis pas physionomiste. Mais je reconnais avoir rencontré un détenu à la prison civile de Missérété, sur demande de quelqu’un se présentant comme de la garde républicaine de la part du Président Yayi…
Partie civile : Selon vous, quel intérêt a Monsieur Amoussou de venir alléger ces faits à votre endroit ?
Davo : La première fois que j’ai vu le gendarme Amoussou je lui ai remis l’argent main à main. J’ai toujours un livre sur moi… Selon ma compréhension, c’est le garde présidentiel qui m’a appelé. La personne qui m’a appelé, parlait au nom du Président de la République
Président de céans : Qui est le “on” dont vous parlez ?
DAVO : Je sais que je lui ai remis un livre.
Qu’il (Donatien AMOUSSOU) donne le numéro et on pourra vérifier, parce que à Canal+ tout est enregistré. Il est abonné à quelle formule ?
Donatien AMOUSSOU: Il sait que depuis 13 ans, je ne peux pas me souvenir du numéro canal+. C’est pourquoi il demande que je donne le numéro canal+… Concernant l’affaire de Canal + , c’est l’ancien ministre qui m’a demandé pour me distraire de lui donner le numéro du décodeur canal+. J’avais une petite télé. Chaque fin du mois je recevais l’abonnement sans appeler. On était en isolement, personne n’avait accès à nous. L’ancien ministre à juré de dire la vérité, alors qu’il dise la vérité.
Davo nie avoir fait des abonnements Canal+ au sieur Donatien AMOUSSOU. « Après ses plaintes, je lui ai dit de prier. On n’a pas fait plus de cinq minutes parce que j’avais des rendez-vous dans ma boutique. Un jour j’étais sur la route de Porto-Novo quand un garde présidentiel m’a appelé soit disant de la part du chef de l’État. La personne au téléphone me demandait d’aller à la prison de Missérété pour remettre une somme de 100.000f à un certain détenu du nom de Amoussou. J’ai expliqué que je n’avais pas d’argent et la personne me demandait alors d’essayer de trouver 50.000f.
Ce que j’ai fait et je suis allé à la prison. J’ai demandé d’après un certain Amoussou et c’est un monsieur qui est venu. Peu après ça, quand j’ai quitté là-bas et j’étais sur la route de Ouando, le même prétendu garde présidentiel m’a rappelé et a souligné le fait que je ne sois pas allé remettre l’argent au détenu.
C’est au second tour que j’ai vraiment pu voir le sieur Amoussou. Quand nous nous sommes vus, et avions à peine échangé il s’est plaint. Je n’ai même pas cherché à savoir pourquoi il se plaignait.
J’ai toujours cherché à voir le chef de l’État mais en vain. Jusqu’à ce jour où je vous parle, la voix au téléphone ne m’a plus jamais appelé et je n’ai pas été reçu par le Président. Sinon la voix au téléphone, me disait avant ça que le Président était au Nord et qu’il devait se rendre à Abuja pour une réunion urgente…
Prince Allédji qui était chef de la police judiciaire au commissariat central de Cotonou est à la barre
Selon lui, le premier élément qu’il a obtenu dans cette affaire est que Dangnivo aurait eu un enfant avec une dame qui l’a récemment menacé, parce que ce dernier n’aurait pas reconnu l’enfant. Et c’est dans la foulée que le drame intervient dans la nuit du 17 au 18 Août 2010. « Codjo Alofa a communiqué avec Dangnivo avant sa disparition et continue. C’est Alofa qui a préparé la potion qu’il a donnée à Dangnivo.. Les relations entre Alofa et Dangnivo portent sur l’enfant qu’il aurait eu avec une femme qu’il n’a pas reconnu. Dangnivo aurait approché Alofa pour lui demander de l’aider à éliminer l’enfant qu’il aurait eu avec la dame.
Mais c’est la disparition de Dangnivo qui a fait naître l’enquête qui a abouti à l’extraction de Codjo Alofa qui séjournait à la prison de Cotonou pour vol de moto.
Codjo Alofa revient à la barre « C’est Prince Allédji qui m’a dit d’impliquer Donatien Amoussou dans le dossier. C’est lui, Allédji, qui a monté tout le coup …Quand j’étais en détention, Prince Aledji aussi me bastonnait
– Un jour, il (Prince Aledji) était en train de retirer des munitions d’une arme. Mais comme il n’y arrivait pas. Il est venu à côté de moi et a tiré. Il m’a signifié que c’est de la même façon qu’il allait tirer sur moi si je ne m’exécutais pas à la tâche. Il me menaçait également.
Prince Aledji a ajouté qu’il y a eu 10 échanges téléphoniques entre Pierre Urbain DANGNIVO et Codjo Cossi ALOFA
Président de céans : Comment quelqu’un qui serait coupable de la disparition d’un individu, peut prendre le téléphone de la victime, aller à la radio. A cet endroit on lui dit non. Il va ensuite à l’Ortb pour déposer le téléphone. L’Ortb refuse aussi. Ensuite il va au palais déposer le téléphone. Où se trouve une logique à tout ça ?
(Direct : Rollis Houessou, depuis le tribunal de Cotonou)







