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“Violent” : le film africain qui brise le silence

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Après des avant-premières remarquées au Congo et en France, et une sélection officielle à l’Émergence Film Festival à Lomé, le long-métrage ‘’Violent’’, écrit et réalisé par Albé Diaho, s’apprête à faire sa sortie nationale ce samedi 22 novembre au Centre Culturel Zola de Brazzaville à 17h30, en présence de l’équipe du film.

Produit par Cible Record Film et distribué à l’international par Sachrist Films, ‘’Violent’’ aborde avec force les violences conjugales et la lente reconstruction des femmes qui choisissent de reprendre le contrôle de leur vie.

Un drame intime au cœur du couple

Après la naissance de leur enfant, Thérèz et Destin s’imaginent un avenir heureux. Mais leur équilibre bascule lorsqu’un simple SMS découvert par hasard déclenche une spirale de méfiance, de possessivité et de violence. De victime silencieuse à femme debout, Thérèz traverse une descente aux enfers avant de trouver la force de s’en libérer. Sa rencontre avec Félie, l’ex-fiancée de Destin, vient bouleverser le cours des choses et amorcer un processus de renaissance.

Le film, en 65 minutes, raconte cette métamorphose avec pudeur et intensité. Loin d’un simple drame conjugal, ‘’Violent’’ est une plongée dans l’intime, une exploration de la peur, de la honte et du courage. Albé Diaho choisit de montrer la violence invisible — celle qui s’insinue dans les gestes, les mots, les silences — plutôt que les coups. Ce choix esthétique donne à l’œuvre une puissance émotionnelle rare, soutenue par une mise en scène sobre et des acteurs d’une justesse bouleversante.

La voix d’un cinéma sincère et nécessaire

« À travers ‘’Violent’’, je voulais porter la voix des femmes invisibles. Celles qu’on ne voit pas, qu’on n’écoute pas, qu’on juge », écrit Albé Diaho dans sa note d’intention. Le réalisateur, déjà reconnu pour son long-métrage Diboulou, signe ici un film profondément humain, nourri par sa propre observation du quotidien et par son désir de donner un visage aux douleurs souvent tues.

Le film ne s’arrête pas à la dénonciation. Il montre aussi l’après, ce moment où il faut se reconstruire malgré la précarité, l’isolement et le manque d’écoute. Dans ‘’Violent’’, Thérèz apprend à reprendre pied, à travers de petits métiers, des gestes simples, et la volonté de se relever. Cette seconde partie, lumineuse, contraste avec la première, sombre et étouffante, donnant au film une dimension universelle : celle de la résilience.

« Mon intention n’était pas seulement de raconter une histoire, mais de faire un cinéma sincère, qui parle au cœur », précise Albé Diaho. « Montrer qu’il est possible de renaître, que la femme, même meurtrie, porte en elle une force que rien ni personne ne peut éteindre. »

Un accueil ému du public

Les deux avant-premières organisées au Congo et celle organisée en France ont réuni ensemble plus de 600 spectateurs, un chiffre exceptionnel pour une production indépendante africaine.

Selon l’équipe de Cible Record Film, la société de production, l’accueil a été particulièrement chaleureux : de nombreux spectateurs se sont reconnus dans les personnages, d’autres ont témoigné de leur émotion face à la justesse du propos.

Dans une interview accordée à Sachrist Films pour le dossier de presse, le réalisateur Albé Diaho confie :

« C’est la preuve que le film a ouvert un dialogue. Pour moi, c’est ça la réussite : créer du lien, pas seulement projeter une image. »

Cette réception a trouvé un écho à Lomé, où le film était en compétition officielle à l’édition 2025 de l’Émergence Film Festival, l’un des rendez-vous majeurs du cinéma africain. Sélectionné aux côtés d’œuvres venues du Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Togo, et du Tchad, ‘’Violent’’ s’est imposé comme une proposition singulière, à la fois locale et universelle.

Un tournage difficile, une équipe déterminée

Le réalisateur ne cache pas les défis rencontrés : budget limité, calendrier resserré, conditions techniques modestes. Mais l’énergie de l’équipe, majoritairement composée de jeunes professionnels congolais, a permis de transformer les contraintes en moteur de créativité.

« Les difficultés font briller le diamant enfoui au fond du cœur d’un bosseur », aime rappeler Diaho, convaincu que la sincérité et la détermination sont les vraies forces du cinéma africain indépendant.

Parmi les talents clés du film, on retrouve Christelle Nanda, actrice principale, dont l’interprétation intense et nuancée confère au récit toute sa force émotionnelle, en particulier dans les scènes les plus sensibles. À ses côtés, l’équipe technique, attentive aux moindres détails de la lumière, des costumes et du son, contribue à créer une atmosphère authentique et immersive, témoignant d’un travail collectif soudé autour de la vision du réalisateur Albé Diaho.

Albé Diaho, une voix montante du cinéma africain

Né à Pointe-Noire, dans le quartier populaire de Rex, Albé Diaho, de son vrai nom Alberich Fedrick Diahomba, grandit entre deux univers : la musique et l’écriture. Fils d’un couturier et d’une commerçante, il découvre très tôt la puissance des récits populaires et la force de l’expression artistique. Ces influences, ancrées dans la vie quotidienne congolaise, nourrissent dès son adolescence une vocation qui s’imposera peu à peu : le cinéma.

C’est en 2008 qu’il s’engage pleinement dans le 7ᵉ art, explorant successivement l’écriture, le jeu, l’assistanat et la réalisation. Au fil de ses expériences, il forge un style personnel, à la fois poétique et social, qui s’attache à révéler les blessures et la dignité de l’humain.

Sa filmographie témoigne de cette diversité : Ma conscience et moi (2010) et L’autre face de la vie (2012) révèlent ses premiers pas d’acteur et de scénariste ; Le choix (2016) confirme son goût pour les récits moraux et intimes. En 2018, il réalise le documentaire Ndulé rêve na biso, produit avec l’Institut Français de Pointe-Noire, avant de travailler comme assistant sur plusieurs projets, dont le long-métrage Djoli d’Amog Lemra.

En 2019, il signe Diboulou, son premier long-métrage de fiction, qui lui vaut une nomination aux Sotigui Awards au Burkina Faso, le prix du meilleur scénario aux Kamba’s Awards, et celui du meilleur artiste cinéaste congolais aux Sanza Awards. Premier film congolais diffusé sur Nollywood TV, Diboulou l’impose comme l’une des figures prometteuses du cinéma d’Afrique centrale.

Avec Violent (2025), Albé Diaho poursuit cette trajectoire exigeante. Scénariste, réalisateur et acteur, il signe un film profondément humain, porté par une mise en scène maîtrisée et un regard engagé sur la société congolaise. Fidèle à sa vision d’un cinéma enraciné et universel, il s’affirme comme une voix montante du cinéma africain contemporain, entre réalisme et poésie.

Une œuvre portée à l’international

Distribué par Sachrist Films, Violent s’inscrit déjà dans une trajectoire internationale. Pour la société de distribution, le film est emblématique d’un cinéma africain qui ose dire, montrer et émouvoir.

« ‘’Violent’’, c’est un miroir tendu à nos sociétés », explique Sachrist Films dans sa note. « Un film pour éveiller les consciences, ouvrir le débat et sensibiliser le grand public. »

Le choix d’accompagner ‘’Violent’’ s’inscrit dans la ligne éditoriale de la société, qui défend les voix du continent et de la diaspora, en privilégiant les œuvres socialement fortes et artistiquement singulières. Le distributeur prévoit une circulation sur plusieurs territoires, entre projections africaines, ciné-débats, et festivals internationaux.

La sortie nationale au Centre Culturel Zola marquera une étape importante pour ce film déjà remarqué. Entre drame social et récit d’émancipation, ‘’Violent’’ fait partie de ces films qui rappellent que le cinéma, quand il est sincère, peut encore éveiller les consciences et réparer les blessures.

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