Genève, Suisse, 20 Avril 2026-/African Media Agency(AMA)/- À l’occasion de la Journée mondiale de la santé 2026, placée sous le thème « Unissons‑nous pour la santé. Soutenons la science », l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) met en avant des personnes engagées qui utilisent la science pour améliorer la vie des populations dans la Région africaine.
Médecin hépatogastro-entérologue, enseignante-chercheuse à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, la Dre Alice Guingané est fortement impliquée dans la recherche clinique et la surveillance des maladies. Elle partage son expérience et sa conviction : soutenir la science, c’est sauver des vies.
Quel rôle la science joue-t-elle dans votre travail au quotidien ?
La science est au cœur de mon activité quotidienne. En tant que médecin et enseignante-chercheuse hospitalo-universitaire, mon rôle est triple : soigner, enseigner et faire de la recherche. La science oriente ma manière de réfléchir, de décider et d’agir.
Dans les soins, elle me permet d’analyser les symptômes avec rigueur, de distinguer les faits des croyances et de prendre des décisions fondées sur des preuves. En enseignement, je m’efforce de transmettre ces connaissances scientifiques de manière accessible, y compris lors de séances de sensibilisation auprès des patients et des communautés.
Enfin, dans la recherche, j’utilise les données épidémiologiques pour identifier les priorités de santé publique, choisir des interventions efficaces et en évaluer les résultats sur le terrain. La science guide également mes valeurs : respect de la dignité humaine, responsabilité et engagement envers la communauté.
Qu’est-ce qui vous a motivée à vous engager dans la recherche en santé ?
C’est avant tout l’envie de trouver des solutions aux problèmes de nos patients. Je n’oublierai jamais un garçon de neuf ans décédé d’un cancer du foie lié à l’hépatite B. Comme beaucoup d’autres, il est arrivé trop tard à l’hôpital, alors qu’un vaccin existe dès la naissance.
Cette réalité m’a poussée à comprendre pourquoi les femmes enceintes n’accédaient pas à temps aux soins, et comment améliorer la prévention de la transmission mère-enfant du virus de l’hépatite B. J’ai orienté toute ma recherche autour de cette problématique, en cherchant des solutions adaptées à notre contexte, en formant les étudiants et en menant des projets de terrain.
Pourquoi est-il essentiel que la science soit soutenue par la société et les autorités locales ?
La société est au cœur de la recherche en santé : sans participation communautaire, même les services gratuits peuvent rester sous-utilisés en raison de barrières socioculturelles.
Les autorités locales ont quant à elles un rôle clé à jouer pour accompagner, encadrer et soutenir financièrement la recherche. Produire ses propres données, c’est pouvoir définir ses priorités de santé. La science permet une prise de décision fondée sur des preuves, réduit la mortalité, améliore la qualité de vie et constitue un moteur d’innovation et de souveraineté nationale.
Comment vos travaux contribuent-ils à renforcer la surveillance des maladies au Burkina Faso ?
Je suis actuellement investigatrice principale au Burkina Faso d’un projet sur la triple élimination du VIH, de la syphilis et de la transmission mère-enfant de l’hépatite B. Cette approche intégrée, soutenue par l’OMS, permet de mutualiser les ressources et de produire des données directement exploitables par les décideurs.
Je participe également au réseau HEPSANET, qui vise à renforcer les données épidémiologiques sur les hépatites virales en Afrique. Ces initiatives contribuent à une meilleure surveillance des maladies et de leurs complications, notamment le cancer du foie.
Que faudrait-il pour renforcer la confiance du public dans la science ?
La science doit être accessible. Il est essentiel de vulgariser les résultats de la recherche et de créer des canaux efficaces de diffusion vers les populations, les professionnels de santé et les décideurs.
Un autre enjeu majeur est la lutte contre la désinformation. Dans notre contexte, certaines croyances traditionnelles peuvent entrer en contradiction avec la médecine moderne. Favoriser le dialogue et l’intégration encadrée des différentes pratiques de soins est essentiel pour renforcer la confiance.
En tant que femme scientifique, quel message adressez-vous aux jeunes filles ?
Je leur dirais de ne pas hésiter à faire de la recherche : c’est une activité passionnante. Elle demande de l’organisation et de l’équilibre avec la vie familiale, mais ce n’est pas une course de vitesse, c’est une course de fond. Croyez en vos capacités, gardez la passion, et vous accomplirez des choses extraordinaires.
Distribué par African Media Agency (AMA) pour l’Organisation Mondiale de la Santé
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